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Élasticité de la demande : définition, calcul et exemples

L’élasticité-prix de la demande mesure de combien de pourcents la quantité demandée varie quand le prix varie de 1 %. Au-dessus de 1, la demande est élastique et une baisse de prix augmente le chiffre d’affaires. En dessous de 1, elle est inélastique et c’est une hausse de prix qui l’augmente. {« seo_title »: « Élasticité de la demande : formule, calcul et exemples », « meta_description »: « Qu’est-ce que l’élasticité de la demande ? Formule, exemple chiffré, les cinq types d’élasticité et la règle qui relie élasticité et chiffre d’affaires. », « focus_keyword »: « élasticité de la demande »}
elasticite de la demande 1

Sommaire

L’élasticité-prix de la demande mesure la sensibilité des acheteurs au prix : de combien de pourcents la quantité demandée varie-t-elle lorsque le prix varie de 1 % ? C’est l’un des rares indicateurs économiques dont la lecture est immédiatement actionnable, puisqu’il indique dans quel sens faire varier un prix pour augmenter son chiffre d’affaires.

La règle de lecture tient en une ligne : au-dessus de 1, la demande est élastique et une baisse de prix rapporte davantage ; en dessous de 1, elle est inélastique et c’est une hausse de prix qui rapporte davantage. Le reste de cet article explique comment calculer ce chiffre, de quoi il dépend, et pourquoi certains biens échappent à la règle.

ÉlémentInformation
Ce que ça mesureLa variation en % de la quantité demandée pour 1 % de variation de prix
FormuleEd = (% de variation de la quantité) ÷ (% de variation du prix)
LectureEd > 1 : élastique · Ed < 1 : inélastique · Ed = 1 : élasticité unitaire
SigneNégatif en théorie ; on l’interprète en valeur absolue
Origine du conceptFormalisé par l’économiste anglais Alfred Marshall (1890)
Usage principalDécider dans quel sens faire varier un prix pour maximiser le chiffre d’affaires
NiveauDébutant
Élasticité de la demande : définition, calcul et exemples

Qu’est-ce que l’élasticité de la demande ?

L’élasticité de la demande décrit comment la quantité demandée varie en réponse à un changement de prix. Le concept a été formalisé par l’économiste anglais Alfred Marshall dans ses Principes d’économie politique (1890), qui lui a donné son nom.

Techniquement, il s’agit du rapport entre deux pourcentages : la variation relative de la quantité demandée, divisée par la variation relative du prix. Comme la demande évolue généralement en sens inverse du prix, le résultat est négatif en théorie — c’est pourquoi on l’interprète toujours en valeur absolue.

L’intérêt de raisonner en pourcentages plutôt qu’en unités est décisif : cela rend l’indicateur comparable entre produits, quels que soient leur prix et leur volume. On peut ainsi comparer l’élasticité du pain et celle des billets d’avion, ce qu’une simple pente de courbe ne permet pas.

Comment calculer l’élasticité de la demande ?

La formule

La formule s’écrit :

Ed = (ΔQ / Q) ÷ (ΔP / P)

où ΔQ est la variation de quantité, Q la quantité initiale, ΔP la variation de prix et P le prix initial. On peut la réécrire de façon plus parlante :

Ed = (ΔQ / ΔP) × (P / Q)

élasticité de la demande formule

Cette seconde écriture est importante pour la suite : elle montre que l’élasticité dépend de deux choses distinctes — la pente de la courbe de demande (ΔQ/ΔP) et le point où l’on se situe sur cette courbe (le rapport P/Q).

C’est la raison pour laquelle pente et élasticité ne sont pas synonymes. Une courbe de demande à pente constante n’a pas la même élasticité sur toute sa longueur, comme nous le verrons plus bas. L’affirmation « plus la pente est raide, plus la demande est inélastique » n’est donc qu’une approximation, valable à volume et prix comparables.

Exemple chiffré

Prenons un bien dont le prix passe de 18,50 € à 18,00 €, tandis que la quantité demandée passe de 23 à 25 unités.

  • Variation du prix : (18 − 18,5) / 18,5 = −2,70 %
  • Variation de la quantité : (25 − 23) / 23 = +8,70 %
  • Élasticité : 8,70 ÷ 2,70 = 3,22 en valeur absolue
élasticité de la demande application formule

Le résultat étant supérieur à 1, la demande de ce bien est élastique : une baisse de prix entraîne une hausse proportionnellement plus forte de la quantité demandée. Concrètement, le vendeur a baissé son prix de 2,7 % et vendu 8,7 % de volume en plus — son chiffre d’affaires a augmenté.

Élasticité point ou élasticité arc : pourquoi deux résultats

Un détail que la plupart des présentations passent sous silence : le résultat dépend du point de référence choisi.

Dans le calcul ci-dessus, nous avons rapporté les variations aux valeurs de départ (18,50 € et 23 unités) : c’est la méthode dite du point, qui donne 3,22. Si l’on rapporte les variations à la moyenne des deux valeurs — méthode de l’arc, ou du point milieu — on obtient :

  • Variation du prix : −0,50 / 18,25 = −2,74 %
  • Variation de la quantité : 2 / 24 = +8,33 %
  • Élasticité : 8,33 ÷ 2,74 = 3,04

L’écart entre 3,22 et 3,04 n’est pas une erreur : ce sont deux conventions différentes. La méthode de l’arc a un avantage pratique — elle donne le même résultat que le prix monte ou qu’il baisse, alors que la méthode du point donne deux chiffres différents pour le même mouvement lu dans les deux sens. C’est pourquoi elle est préférée dès que la variation de prix dépasse quelques pourcents.

Les cinq types d’élasticité-prix

TypeValeurInterprétation
ÉlastiqueEd > 1La quantité réagit plus que proportionnellement au prix
InélastiqueEd < 1La quantité réagit moins que proportionnellement au prix
UnitaireEd = 1La quantité varie exactement dans la même proportion que le prix
Parfaitement élastiqueEd = ∞Cas théorique : la moindre hausse annule la demande
Parfaitement inélastiqueEd = 0Cas théorique : la quantité ne bouge pas, quel que soit le prix

Trois précisions sur ce tableau.

La demande élastique caractérise les produits facilement substituables, sur des marchés concurrentiels : une marque d’eau en bouteille parmi vingt autres, un billet d’avion sur une ligne desservie par plusieurs compagnies.

La demande inélastique peut avoir deux causes très différentes, que l’on confond souvent. Soit le bien est une nécessité difficilement substituable — pain, électricité, carburant à court terme. Soit il bénéficie d’une forte différenciation de marque, comme les produits Apple : ce n’est pas une nécessité, mais la fidélité des acheteurs rend la demande peu sensible au prix. Deux mécanismes distincts, un même résultat chiffré.

L’élasticité unitaire n’est pas un cas théorique. Contrairement à ce qu’on lit souvent, Ed = 1 est un point tout à fait ordinaire : sur une courbe de demande linéaire, il correspond exactement au milieu de la courbe. Et ce point a une signification économique précise, que nous voyons maintenant. Seules les deux dernières lignes du tableau — élasticité infinie ou nulle — sont des abstractions sans équivalent réel.

Élasticité de la demande

À quoi sert l’élasticité ? La règle du chiffre d’affaires

C’est l’application concrète du concept, et la raison pour laquelle il intéresse quiconque fixe un prix. Le chiffre d’affaires étant le produit du prix par la quantité vendue, une variation de prix a deux effets opposés : elle change le prix unitaire dans un sens et le volume dans l’autre. L’élasticité indique lequel des deux l’emporte.

  • Si la demande est élastique (Ed > 1), le volume réagit fort : baisser le prix augmente le chiffre d’affaires, et l’augmenter le fait baisser.
  • Si la demande est inélastique (Ed < 1), le volume réagit peu : augmenter le prix augmente le chiffre d’affaires, et le baisser le fait baisser.
  • Si l’élasticité est unitaire (Ed = 1), les deux effets se compensent exactement : le chiffre d’affaires est à son maximum et ne bouge plus, à la marge.

Voilà pourquoi l’élasticité unitaire mérite mieux que le statut de curiosité théorique : c’est le point où le chiffre d’affaires est maximisé. Un producteur qui connaît l’élasticité de sa demande sait immédiatement s’il a intérêt à monter ou à descendre son prix.

Une réserve importante toutefois : cette règle porte sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice. Vendre davantage suppose de produire davantage, donc d’engager des coûts supplémentaires. Le prix qui maximise la marge se situe presque toujours dans la zone élastique, à un niveau supérieur à celui qui maximise le chiffre d’affaires.

Une entreprise capable d’augmenter ses prix sans perdre trop de clients peut préserver son chiffre d’affaires et ses marges. Fortuneo permet de suivre les résultats, les estimations, les cours et l’actualité des sociétés cotées avant d’envisager un investissement depuis un PEA ou un compte-titres.

De quoi dépend l’élasticité de la demande ?

  • L’existence de substituts. C’est le facteur dominant. Plus il existe d’alternatives proches, plus la demande est élastique : les acheteurs peuvent partir ailleurs sans renoncer à leur consommation.
  • Le poids dans le budget. Un produit qui représente une part importante du revenu attire davantage l’attention sur son prix, donc une demande plus élastique. À l’inverse, une hausse de 20 % sur le sel ne fait réagir personne.
  • La différenciation et la fidélité à la marque. Un produit perçu comme unique ou associé à une marque forte supporte des hausses de prix sans perdre ses acheteurs.
  • Le caractère nécessaire du bien. Les biens de première nécessité ont une demande inélastique : on les achète quel que soit le prix, faute d’alternative.
  • L’horizon de temps. L’élasticité est presque toujours plus forte à long terme. Face à une hausse du carburant, un automobiliste ne peut pas réagir la semaine suivante ; sur plusieurs années, il change de véhicule, de mode de transport ou de trajet domicile-travail.

Ce dernier point est le plus contre-intuitif et le plus utile. Une hausse de prix qui semble sans effet pendant un an peut provoquer une érosion durable de la demande cinq ans plus tard, quand les acheteurs ont eu le temps de s’organiser.

L’élasticité n’apparaît pas directement dans les comptes financiers. Elle peut néanmoins être appréciée en comparant l’évolution des prix, des ventes, du chiffre d’affaires et des marges. EasyBourse propose des fiches valeurs et des données financières pour approfondir l’analyse des entreprises cotées.

Les biens à demande croissante : Giffen et Veblen

Certains biens présentent une courbe de demande croissante : leur demande augmente quand leur prix augmente. Deux concepts distincts décrivent ce phénomène, et ils sont très fréquemment confondus alors qu’ils désignent des réalités opposées.

Le bien de Giffen : un bien de première nécessité, pas un produit de luxe

Le bien de Giffen — du nom de l’économiste écossais Robert Giffen — est un bien inférieur de première nécessité dont la demande augmente lorsque son prix augmente. Alfred Marshall a formalisé les trois conditions nécessaires :

  1. Il doit s’agir d’un bien inférieur, c’est-à-dire un bien qu’on consomme moins à mesure que le revenu augmente.
  2. Il doit représenter une part considérable du revenu de l’acheteur.
  3. Il ne doit pas avoir de substitut accessible.

Le mécanisme n’a rien à voir avec le prestige. Quand le prix d’un aliment de base augmente pour un ménage très pauvre, celui-ci renonce aux autres postes de son budget — viande, produits transformés — pour continuer à se nourrir, et achète finalement davantage de l’aliment de base devenu plus cher. L’effet de revenu l’emporte sur l’effet de substitution.

Les exemples classiques de Marshall sont les aliments de base : pomme de terre, pain, riz. Le cas est rare et difficile à observer empiriquement, parce que les trois conditions se réunissent rarement. Il a été discuté en France en 2022, dans un contexte de forte inflation alimentaire.

Le bien de Veblen : le prix comme signal de statut

C’est l’autre cas de demande croissante, et celui que l’on décrit souvent à tort comme un bien de Giffen. Le bien de Veblen est un produit dont le prix élevé constitue précisément l’attrait, parce qu’il signale un statut social ou une exclusivité.

L’exemple typique est celui du vin acheté pour une occasion particulière : un acheteur non expert peut choisir la bouteille la plus chère en supposant que le prix garantit la qualité. Si le prix baisse, le produit perd sa fonction de signal et devient moins désirable — d’où une demande qui diminue avec le prix.

La distinction se retient facilement. Le bien de Giffen concerne un acheteur contraint qui n’a pas le choix ; le bien de Veblen concerne un acheteur aisé qui recherche la distinction. Le premier est un aliment de base, le second un produit de luxe.

Courbe de demande croissante : biens de Giffen et de Veblen

Les entreprises du luxe et de la consommation haut de gamme peuvent bénéficier d’une forte différenciation et d’une clientèle moins sensible aux prix. DEGIRO donne accès à plus de 45 marchés dans plus de 30 pays pour investir dans des entreprises françaises comme internationales.

Comment l’élasticité varie le long de la courbe de demande

Une même courbe de demande n’a pas la même élasticité sur toute sa longueur, et la formule Ed = (ΔQ/ΔP) × (P/Q) explique pourquoi.

Sur une courbe de demande linéaire, la pente (ΔQ/ΔP) est constante. Ce qui change, c’est le rapport P/Q :

  • En haut de la courbe — prix élevé, quantité faible — le rapport P/Q est grand, donc l’élasticité est élevée. Une hausse d’un euro sur un prix de 100 € ne représente que 1 %, mais l’unité perdue sur un volume de 10 représente 10 %.
  • En bas de la courbe — prix faible, quantité élevée — le rapport P/Q est petit, donc l’élasticité est faible. Le même euro sur un prix de 5 € représente 20 %, tandis que l’unité perdue sur un volume de 200 ne représente que 0,5 %.
L'élasticité sur la courbe de la demande

Entre ces deux zones se trouve le point d’élasticité unitaire, au milieu de la courbe, où le chiffre d’affaires atteint son maximum.

La conséquence pratique est qu’il ne suffit pas de savoir qu’un produit est « élastique » : il faut savoir à quel niveau de prix on se situe. Le même bien peut être élastique en haut de gamme et inélastique en bas de gamme.

Les autres types d’élasticité

L’élasticité-prix n’est qu’une des mesures de sensibilité de la demande. Deux autres sont couramment utilisées :

  • L’élasticité-revenu mesure la variation de la demande quand le revenu des acheteurs varie. Elle est positive pour les biens normaux, négative pour les biens inférieurs — c’est cette définition qui sert à identifier un bien de Giffen.
  • L’élasticité croisée mesure l’effet du prix d’un produit sur la demande d’un autre. Elle est positive entre deux substituts (si le beurre augmente, la margarine se vend mieux) et négative entre deux compléments (si l’imprimante augmente, les cartouches se vendent moins).

En résumé, l’élasticité-prix de la demande est le rapport entre la variation en pourcentage de la quantité demandée et celle du prix. Au-dessus de 1 la demande est élastique, en dessous elle est inélastique, et ce seuil détermine directement dans quel sens faire varier un prix pour augmenter son chiffre d’affaires.

Deux nuances méritent d’être retenues au-delà de la définition. D’abord, l’élasticité n’est pas une propriété fixe d’un produit : elle varie selon le niveau de prix et s’accroît avec le temps. Ensuite, la règle du chiffre d’affaires ne dit rien du bénéfice, qui dépend aussi des coûts de production — le prix optimal se situe presque toujours dans la zone élastique.

Questions fréquentes sur l’élasticité de la demande

Pour approfondir d’autres indicateurs, consultez nos guides sur le ROI, le ROA, les CAPEX et OPEX et les indices boursiers.