Qui est Michael Burry, l’investisseur qui a anticipé la crise des subprimes ?

Sommaire
Michael Burry est le gérant de hedge fund américain qui a vu venir la crise des subprimes quand personne ne l'écoutait. Médecin de formation, il a gagné plus de 700 millions de dollars pour ses investisseurs en pariant contre le marché immobilier américain.

Dix-sept ans plus tard, son histoire a changé de chapitre. Scion Asset Management a été radié auprès de la SEC en novembre 2025, et Burry publie désormais ses analyses depuis Substack. Ce guide retrace son parcours, sa méthode et ses paris actuels.
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Michael Burry en bref
Avant d'entrer dans le détail, voici les repères essentiels de sa trajectoire.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom complet | Michael James Burry |
| Naissance | 19 juin 1971, San José (Californie) |
| Formation | Économie et pré-médecine à UCLA, doctorat en médecine à Vanderbilt, internat de neurologie à Stanford |
| Connu pour | Avoir anticipé la crise des crédits hypothécaires subprime |
| Fonds gérés | Scion Capital (2000-2008), Scion Asset Management (2013-2025) |
| Activité actuelle | Newsletter Cassandra Unchained et portefeuille personnel |
| Au cinéma | The Big Short : Le Casse du siècle (2015), incarné par Christian Bale |
Qui est Michael Burry ? Du bloc opératoire aux marchés
Michael Burry naît le 19 juin 1971 à San José, en Californie. À l'âge de deux ans, un cancer lui coûte un œil : il porte depuis une prothèse oculaire.
Il étudie l'économie et la pré-médecine à UCLA, décroche son doctorat en médecine à Vanderbilt, puis effectue son internat de neurologie à l'hôpital de Stanford.
C'est là que la finance cesse d'être un passe-temps. La nuit, entre deux gardes, Burry décortique des bilans et publie ses analyses de value investing sur le forum Silicon Investor à partir de 1996. Ses textes attirent l'attention de Vanguard, de White Mountains Insurance et de l'investisseur Joel Greenblatt.
Sa méthode vient d'un livre : Security Analysis, de Benjamin Graham et David Dodd. En appliquant leurs principes, il comprend qu'il peut battre le marché en achetant des titres décotés par rapport à leur valeur intrinsèque — une conviction confirmée par ses résultats personnels pendant l'éclatement de la bulle internet.

Burry s'est par ailleurs auto-diagnostiqué le syndrome d'Asperger, une forme de trouble du spectre autistique, en lisant un ouvrage sur le sujet — l'un de ses enfants est également concerné. Il considère que sa tendance à l'obsession a servi sa carrière : elle lui permet de se concentrer intensément sur un sujet précis, pendant des mois.
Scion Capital : les années où il battait le S&P 500
En novembre 2000, Burry ferme son site, quitte la médecine et lance Scion Capital, financé par un petit héritage et des prêts familiaux. Le nom vient des Descendants de Shannara, un livre de son enfance. Joel Greenblatt, via Gotham Capital, apporte un million de dollars au démarrage.
Les résultats arrivent immédiatement, et à contre-courant du marché.
| Année | S&P 500 | Scion Capital |
|---|---|---|
| 2001 | −11,88 % | +55 % |
| 2002 | −22,1 % | +16 % |
| 2003 | +28,69 % | +50 % |
| Nov. 2000 – juin 2008 (cumulé, net de frais) | moins de 3 % | +489,34 % |
Fin 2004, Burry gère environ 600 millions de dollars et cesse d'accepter de nouveaux capitaux. La relation avec ses investisseurs, elle, va se tendre dès qu'il commencera à parier contre l'immobilier.
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Comment Michael Burry a anticipé la crise des subprimes
Le marché immobilier de 2005 : des CDO qui masquaient le risque
En 2005, les prix de l'immobilier américain montent à un rythme inédit et les crédits hypothécaires sont regroupés puis revendus aux investisseurs sous forme de CDO (collateralized debt obligations), des titres découpés en tranches de risque et de rendement différents.
Le problème tenait à la structure de ces produits : elle masquait le risque sous-jacent. Beaucoup de CDO contenaient des prêts accordés à des emprunteurs insolvables, avec des taux d'appel promotionnels appelés à se réinitialiser à la hausse.
Burry ne s'est pas contenté des notations. Il a lu les dossiers de prêt eux-mêmes et analysé les pratiques d'octroi de 2003 et 2004 : c'est là qu'il repère l'anomalie que les agences et les banques ne voulaient pas voir.
Les CDS : le pari qui a rapporté plus de 700 millions de dollars
Pour parier contre ces titres, Burry achète des credit default swaps (CDS), des contrats qui fonctionnent comme une assurance : l'acheteur verse une prime et se fait indemniser si l'émetteur de la dette fait défaut.
À l'époque, ces CDS ne sont pas cotés en bourse. Burry doit donc convaincre Goldman Sachs et Deutsche Bank de les créer sur mesure pour lui, tranche par tranche, sur les titres qu'il jugeait les plus fragiles. Il vise des émissions précises, pas l'ensemble du secteur.

La position coûte cher en primes avant de rapporter quoi que ce soit. Le fonds perd de l'argent en 2006 et les investisseurs se révoltent : Greenblatt et d'autres réclament leur capital. Burry bloque les retraits pendant un an pour tenir sa position.
Il a raison. Le marché s'effondre en 2007-2008, Burry vend ses CDS en avril 2008 et ne profite d'aucun plan de sauvetage public. Il réalise un bénéfice personnel de 100 millions de dollars et plus de 700 millions pour ses investisseurs restants, avant de liquider le fonds.
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« The Big Short » : le livre et le film qui ont forgé sa légende
L'épisode est raconté par le journaliste Michael Lewis dans The Big Short, publié en 2010, puis porté à l'écran en 2015 sous le titre français The Big Short : Le Casse du siècle. Christian Bale y incarne Burry, un rôle qui lui vaudra une nomination aux Oscars.
Le film fige une image : le gérant solitaire, en t-shirt et pieds nus, qui écoute du métal dans son bureau pendant que Wall Street l'ignore.
Burry a lui-même pris la parole avant le film. Dans une tribune publiée par le New York Times le 3 avril 2010, il soutient que n'importe quel analyste attentif pouvait voir venir la crise en étudiant les marchés de 2003 à 2005, et reproche aux régulateurs fédéraux de n'avoir écouté aucun avertissement venu de l'extérieur.
La fermeture de Scion Asset Management en 2025
En septembre 2013, Burry relance un fonds sous le nom de Scion Asset Management. Il y gère son propre capital et celui d'un cercle restreint d'investisseurs, avec des positions très concentrées et une rotation rapide.
Le fonds gérait 155 millions de dollars en mars 2025, selon les données réglementaires reprises par CNBC. Fin octobre 2025, Burry annonce à ses investisseurs qu'il leur restitue leur capital.
La base de données de la SEC affiche le statut « terminated » au 10 novembre 2025. Aux États-Unis, un conseiller gérant 100 millions de dollars ou plus doit s'enregistrer auprès du régulateur : en se radiant, Burry met fin à ses obligations de reporting, et notamment aux déclarations trimestrielles 13F qui rendaient son portefeuille public. Sur X, il commente sobrement : « On to much better things Nov 25th ».
Cassandra Unchained : son pivot vers Substack
Fin novembre 2025, Burry lance Cassandra Unchained sur Substack. Le nom fait référence à la prophétesse grecque condamnée à dire vrai sans être crue — un surnom que Warren Buffett lui avait attribué.
L'abonnement coûte 39 $ par mois ou 379 $ par an. La publication dépasse les 300 000 abonnés en juillet 2026 et se hisse à la deuxième place du classement finance de Substack.
Le changement de modèle économique est réel : un gérant facture des commissions sur des encours et rend des comptes à des clients, un éditeur encaisse des abonnements et ne doit rien à personne. C'est désormais son canal principal pour dévoiler ses positions, ses prix d'entrée et ses travaux de valorisation.
Le pari de Michael Burry contre la bulle de l'IA
Après près de deux ans de silence, Burry réapparaît sur X en octobre 2025 avec un avertissement : « parfois, nous voyons des bulles ».
Le dernier 13F de Scion, déposé le 3 novembre 2025, en donne la traduction chiffrée : des options de vente sur cinq millions d'actions Palantir et un million d'actions Nvidia, soit des valeurs notionnelles de 912 et 187 millions de dollars.

Ces notionnels ne mesurent pas le risque réel. Burry a précisé que ses options sur Palantir lui avaient coûté environ 9,2 millions de dollars de primes : c'est cette somme, et non le notionnel, qu'il pouvait perdre.
Sa thèse ne porte pas sur la demande d'IA mais sur la comptabilité. Selon lui, les hyperscalers (Meta, Microsoft, Google, Oracle, Amazon) allongent la durée de vie comptable de leurs puces et de leurs serveurs, ce qui réduit les charges d'amortissement et gonfle les bénéfices publiés. Il chiffre l'effet à environ 176 milliards de dollars entre 2026 et 2028 et qualifie la pratique de « l'une des fraudes les plus courantes de l'ère moderne ».
Alex Karp, PDG de Palantir, a jugé la position « totalement folle » sur CNBC ; Burry lui a répondu qu'il commentait un document vieux de six semaines. Nvidia a contesté ses calculs dans une note.
Mi-2026, le bilan est contrasté : Palantir cède environ 35 % depuis son point d'entrée et Oracle — sur laquelle il a ajouté une position vendeuse — recule d'environ 50 % depuis son sommet de 2025, tandis que Nvidia évolue latéralement. Ses options courent jusqu'en 2027 : c'est un pari pluriannuel, pas un pari sur un trimestre.
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La thèse de Burry ne remet pas nécessairement en cause l’IA, mais plutôt les valorisations et certaines hypothèses comptables. XTB permet de suivre plusieurs grandes valeurs du secteur comme Nvidia, Microsoft ou Palantir depuis xStation.
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Ses succès et ses prédictions ratées : le vrai bilan
Réduire Burry au Big Short donne une image fausse de son bilan. Depuis 2017, il a annoncé à plusieurs reprises des effondrements imminents qui ne se sont pas produits, y compris pendant que les indices américains inscrivaient des records.
Son pari baissier sur Tesla en 2021 n'a pas fonctionné. Il s'est retrouvé malgré lui au cœur de la frénésie GameStop, dont il détenait des titres avant le squeeze. Il a aussi qualifié le bitcoin de « bulle de tulipe de notre époque » en décembre 2025, une position qu'il maintient.
À l'inverse, certaines convictions de long terme ont bien vieilli : ses investissements dans les droits sur l'eau et les terres agricoles reposent sur une lecture de la raréfaction de la ressource que peu d'investisseurs avaient formulée aussi tôt.
Le portrait qui en ressort est celui d'un analyste redoutable sur les anomalies comptables et structurelles, mais d'un très mauvais chronométreur. Il voit souvent juste sur le fond, rarement sur la date.
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Que retenir de Michael Burry pour votre stratégie ?
Quatre enseignements se dégagent de son parcours, sans qu'il soit nécessaire d'avoir son profil ni ses moyens :
- Définir une stratégie et s'y tenir. Burry n'a pas changé de méthode sous la pression de ses investisseurs en 2006, et c'est ce qui a fait la différence. Une stratégie d'investissement formulée à l'avance évite les décisions prises dans l'urgence.
- Faire ses propres recherches. Il a lu les dossiers de prêt que personne ne lisait. L'avantage venait du travail primaire, pas d'une information privilégiée.
- Diversifier. Burry concentre ses paris, mais il gérait un fonds et acceptait d'avoir tort pendant deux ans. Un particulier n'a ni ce mandat ni cet horizon.
- Distinguer la thèse du calendrier. Avoir raison trop tôt coûte cher en primes, en frais et en nerfs. C'est la leçon la plus utile de toute sa carrière.
Notre avis : faut-il suivre Michael Burry ?
Michael Burry se lit pour sa méthode, pas pour ses signaux. Sa vraie compétence est de repérer les endroits où la comptabilité s'éloigne de la réalité économique — les prêts subprime hier, l'amortissement des serveurs aujourd'hui. C'est un test de résistance appliqué à vos propres convictions, et c'est à ce titre qu'il a de la valeur.
Le suivre au sens littéral est en revanche devenu impossible. Depuis la radiation de Scion en novembre 2025, il n'y a plus de 13F : ses positions ne sont connues que par sa newsletter payante, quand il choisit de les publier, et souvent après coup.
Reste le problème du calendrier, qui n'est pas un détail. Un particulier qui aurait acheté des puts en même temps que lui sur la base d'un 13F vieux de six semaines aurait payé des primes bien plus élevées, sur des échéances plus courtes. Sa thèse est copiable, son exécution ne l'est pas.
En résumé, Michael Burry est le gérant qui a transformé une lecture minutieuse de dossiers de prêt en un gain de plus de 700 millions de dollars pour ses investisseurs, puis qui a fermé boutique en novembre 2025 pour écrire librement. Son bilan complet mêle un coup historique, des convictions de long terme justes et une longue série d'alertes prématurées.
Pour un investisseur particulier, l'enseignement utile n'est pas de deviner le prochain krach mais d'adopter sa discipline : travailler les sources primaires, formuler une thèse écrite et accepter d'avoir tort pendant un moment. La méthode est reproductible, le timing ne l'est pas.

